Cette fiction est terminée ! Si vous souhaitez me contacter, merci de le faire : ici ! ...Рrσℓσgυє Sσυνєиιrѕ α тrανєrѕ ℓα ρℓυιє.Aииυαιrєѕχ-мιℓℓє-єт-υиє-fιc-χαииυαιrє-ρσυя-fιcѕfιcтισиѕ-αииυαιrєѕαииυαιrє-χ-тн-χ-fιcтισиzυм-νєrgиυgєиfι¢тισиѕ-σrιgιиαℓєѕαииυαιrє-fαи-fιcтισи-2αииυ-fιc-cιиємαвιzαrrєMєrcι α cєυχ qυι ιrσит мє иσтєr !

Cette fiction est terminée ! Si vous souhaitez me contacter, merci de le faire : ici ! ...Рrσℓσgυє  Sσυνєиιrѕ α тrανєrѕ ℓα ρℓυιє.Aииυαιrєѕχ-мιℓℓє-єт-υиє-fιc-χαииυαιrє-ρσυя-fιcѕfιcтισиѕ-αииυαιrєѕαииυαιrє-χ-тн-χ-fιcтισиzυм-νєrgиυgєиfι¢тισиѕ-σrιgιиαℓєѕαииυαιrє-fαи-fιcтισи-2αииυ-fιc-cιиємαвιzαrrєMєrcι α cєυχ qυι ιrσит мє иσтєr !
Shin

Cette fiction est terminée ! Si vous souhaitez me contacter, merci de le faire : ici !
Jour X du mois 7, année X
Allongé sur mon lit au matelas dur, je me prend à compter les gouttes d'eau s'écrasant contre la vitre et glissant sur les barreaux. Un temps pluvieux qui invite à la morosité. Et aux souvenirs. Aux raisons de notre présence ici.
Depuis le peu de temps où je suis là, à attendre je-ne-sais même plus quoi, j'ai attrapé cette maladie de tout compter. Compter les traces d'usures au plafond. Compter le nombre de pas jusqu'au self. Compter les lettres dans un mot. Compter le temps qui passe, inexorablement, si lentement qu'on a envie de l'attrapper, de le secouer en hurlant « Mais accélère ! Laisse-moi sortir, moi qui n'ai rien fait ! ». Mais il n'écoute pas, le temps. Il est têtu, le temps. Et il vous enfonce, encore, toujours plus dans cette abominable routine qui vous fatigue autant qu'elle vous ennuie, qui vous insupporte autant qu'elle vous est douce. Comme on l'a hait, la routine. Mais nous y reviendrons bien assez tôt.
Je repense à cette journée qui m'a amenée où je suis aujourd'hui. Tout est encore tellement claire dans ma tête. Comme si c'était hier. Sauf que c'était il y a longtemps. Si longtemps et pourtant ... c'était seulement il y a 6 semaines. Qu'est-ce qu'un mois et demi dans une vie ? Rien me direz-vous.
Sauf quand on les vie entre quatre murs. Quatres murs désespérément gris. Que pour vous l'horizon n'est plus qu'un vague souvenir d'infini. Que votre propre immensité est cloitrée dans des briques et des barbelés. Surtout quand on est pas censé y être, dans cette oppressante présence de limites.

# Posté le vendredi 28 novembre 2008 11:56

Modifié le samedi 21 février 2009 03:40

« Tнєу ѕαу »Cнαριтrє ρrємιєr Uи ѕιмρℓє мαиqυє dє cσυrαgє

« Tнєу ѕαу »Cнαριтrє ρrємιєr Uи ѕιмρℓє мαиqυє dє cσυrαgє
Shin

Jour X du mois 5, année X
Besoin de liquide. Il faut impérativement que je me rende a la banque avant d'aller bosser. Evidemment, les bornes extérieurs sont en panne. Même la plus grande banque de Berlin ne peut se fournir de l'électronique qui fonctionne. Obligé de rentrer dans le grand hall au plafond taillé pour un géant dans du marbre imposant le sérieux et l'ennuie. Je me rend au guichet libre, extrait de ma veste de cuir noir que j'ai gardé sur moi malgré la chaleur printannière mon chequier, ma carte de crédit et mes papiers d'identité. L'hotesse se bat avec son ordinateur. J'ai toujours eu horreur des machines. Peut-être ais-je simplement regardé trop de film, mais le simple fait de m'approcher d'un PC me rend nerveux. Même si je sais pertinemment que ça n'a pas de dents, et donc ne risque pas de me manger. Quoique.
Après dix minutes d'énervement, elle parviens à me donner mon argent. Elle me gratifie d'un sourire et d'un « Aurevoir mademoiselle, bonne journée » des plus polies. Enfin ça l'aurait été si je n'avais pas la certitude d'être un homme. Mais je m'étais habitué à l'ambiguité qu'apportaient mes traits et mon allure. Je me dirigeai vers la porte de verre qui barrait l'accès au soleil lorsqu'un cris retentit dans mon dos :

« Les mains en l'air ! Ceci est un hold-up ! »

Je me glaçai littérallement sur place. Le cliquetis significatif d'une arme qu'on charge. Je n'ose pas un mouvement, même pas celui de lever mes mains au-dessus de ma tête. Comme si la balle avait déjà perforée mon coeur. Ou du moins mon cerveau, qui semblait ne plus répondre. J'entendis les pas de la femme qui m'avait servit pas plus tard que quelques secondes auparavant se diriger vers le coffre. La vitre me renvoyait l'image de deux jeunes personnes tout de noir et de cuire vêtues, fusil à pompe à la main, cagoule qu'ils venaient manifestement de retirer dans l'autre. Entre 18 et 20 ans, chevelure mi-longue et décolorée, semblable à la mienne. Un rictus vainqueur peint sur leur visage. Je jetai un oeil au-dehors. Personne ne semblait pouvoir nous venir en aide. Allais-je terminer otage ? Ou même mourir ? Non. Je m'y refusai.
Le bruit d'une sirène retentit de l'autre bout de la rue. Sauvé. En quelque sorte. Je ne pus me retenir de sourire et de me retourner afin de leur envoyer mon plus beau regard maquillé en version goguenard. Raté les jeunes, vous allez finir derrière les barreaux. Le souffle de la porte qui s'ouvre derrière moi. Tout se passe très vite.
Deux forces brutes qui attrappent mes poignets pour me les plaquer dans le dos. Deux cercles de fer froid les maintiennent en place. Des mots qui résonnent dans ma tête. Comme la fin d'un espoir.

« Police. Vous êtes arreté pour tentative et complicité de vol à main armée. Vous avez le droit de garder le silence. »

# Posté le samedi 29 novembre 2008 13:09

Modifié le mercredi 03 décembre 2008 13:36

« Đσи'т тrυѕт » Cнαριтrє ѕєcσи∂ Accυєιℓ ∂єѕ ρℓυѕ cнαℓєυrєυχ

« Đσи'т тrυѕт » Cнαριтrє ѕєcσи∂ Accυєιℓ ∂єѕ ρℓυѕ cнαℓєυrєυχ
Yu

Jour X du mois 5, année X

La lourde porte de bois grinçe sur ses gonds. Je ne fais même pas attention à qui se trouve dans l'entrebaillement. Je m'entend dire d'un ton moqueur que j'emplois toujours avec lui :

«  Lumi, tu fermes s'teuplait, ça fait courant d'air. »

Je suis effectivement torse nu, mais ce n'est qu'un prétexte. Jamais froid. Heureusement. La pièce, pas des plus chauffée. Mais nous y reviendrons. La voix caverneuse du gardien retentit dans la pièce :

«  Ta solitude est terminée. Je sais à quel point tu détestes ça mais on t'offre le nouveau. Ne le traumatise pas trop quand même ...  »

Il pousse une silhouette dans la pièce, les bras chargés de draps. Celle-ci trébuche et s'étale sur le sol gris et sale. Je me releve de ma position couchée pas si confortable que ça, pour détailler le nouvel arrivant. Car, malgré ses airs féminin, je me doute qu'on aurait pas eu la bonté de m'envoyer une fille. Trop méprisable pour ça. Et même si je ne l'avais pas été. Une prison pour homme en reste une. Même si pour cela des centaines de mâles doivent être frustrés.

«  C'est quoi ton nom, gonzesse ?
- Je suis autant un homme que toi,
crache-t-il en se relevant, et je suis innocent ! hurle-t-il à l'intention de la porte qui se clot dans un bruit sinistre et terriblement familier.
- Ils disent tous ça ... enfin moi je me rappelle pas l'avoir dit ... mais c'est une autre histoire. Réponds à mes questions avant, je continue sur un ton sec.
- Appelle-moi Shin, grommela-t-il. Et toi ? »

Je quitte ma couchette, m'approche de lui. Je m'appuie au montant du lit double que nous allions désormais partager, celui du dessus étant demeuré innocupé jusque là. Dix ans de solitude pour me retrouver coincé avec cet abrutie décoloré ... J'enfonce mon regard noir dans ses yeux maquillés comme ceux d'une femme, voire pire, l'aggrippe au collet. Ascension de quelques centimètres. Crainte dans ses pupilles. Comme j'aime voir ce genre de regard ...

«  Yu. Et joue pas au malin. Car je peux m'avérrer bien plus brutal et plus sadique que n'importe lequel d'entre eux. Je suis leur pire cauchemar, à tous. Je suis le loup solitaire, le phénix qui renait de ses cendres, celui à qui on n'ose pas donner de camarade de peur que je l'étripe. Mais ne t'inquiète pas : je frappe pas les filles ... »

Sur ce je le balance d'un mouvement du bras contre le mur. Tout tremblant. Je crois un instant avoir réellement affaire à une fillette appeurée. Recroquevillé ainsi dans le coin de la pièce insalubre, il parraît presque vulnérable. Mais ne t'inquiète pas Lumi, je ne vais pas le "traumatiser". Juste le préparer à ce qui l'attend.

« S'il y a une chose que tu apprendras ici c'est bien ne faire confiance à personne. Ne traite personne comme ton ami, et surtout pas moi. Ici tu vas défendre ta peau de tantouse, comme n'importe qui. Ici il n'y a aucune alliance. C'est comme dans le sexe : il y a dominants et dominés. Et je te conseille de chosir. Vite. »

Je retourne à ma position allongé initiale, mes mains derrière ma tête. M'abîme dans la contemplation des lattes retenant le matelas supérieur. Qui accueillera son corps éfféminé cette nuit ... jusqu'à une durée malheureusement pour moi indéterminée. Et pour lui.
Il reste là quelques instants, la vue dans le vide, probablement secoué par mes révélations. Il soupire doucement. Fuyant mon regard. Se relève. S'attele à faire son lit, tâche ardue quand on considère qu'il est en équilibre sur les barres de fer branlantes qui soutiennent nos couches, menaçant de céder sous son poids de plume à tout instant. L'idée de l'aider ne me traverse même pas l'esprit. Non pas que ce spectacle me plait, mais que les élans de compassions n'étaient pas vraiment ce qui m'avais rendu célèbre à travers les couloirs de cet endroit. Oui, car je n'appellais jamais par son nom les murs où j'étais enfermé. Même après autant de temps. Malgré le fait que j'ai très bonne conscience de ce qui m'a amené ici.
Car la prison n'est pas un lieux de vacance qu'on plait à nommer.

# Posté le lundi 01 décembre 2008 14:05

Modifié le dimanche 07 décembre 2008 12:41

« Yσυ, мє » Cнαριтrє тrσιѕιємє Cσиfι∂єиcєѕ ѕυя ℓ'σrєιℓℓєr

« Yσυ, мє » Cнαριтrє тrσιѕιємє Cσиfι∂єиcєѕ ѕυя ℓ'σrєιℓℓєr
Shin

Jour X du mois 7, année X

Je me lève et me dirige vers la fenêtre. Toujours le même paysage minuscule, gris et triste. Comme tout ce qui s'est passé depuis ce jour-là. J'ai l'impression que le temps s'est écoulé tellement lentement que je ne l'ai pas vu passer. Les journées filent et défilent, se ressemblent, encore, toujours ... Mais revenons à ce soir-là, le soir de mon premier aperçu de l'enfer.
Je me rappelle être arrivé après le dîner. J'avais passé la journée en garde à vue. Pour finalement me retrouver en tôle, sans aucune preuve de ma culpabilité, mais aucune non plus de mon innocence. Si j'avais su ...
Je me souviens très clairement de ce qui s'était passé cette journée-là. Et surtout cette soirée-là ... L'accueil que m'avait servie l'énergumène me servant désormais de compagnon m'avais laissé quelque peu désorienté. Ca n'allais pas être une partie de plaisir ...
Arrivé 9h, il s'était enfin levé de sa paillasse, pour simplement éteindre la lumière et repartir se coucher.

« Tu dors déjà ? Avais-je demandé, supris.
- Quoi, t'attend de la visite, jolie-coeur ? Avait-il répliqué.
- Non mais je pensais ... qu'on pourrait ... faire connaissance ...
- Et voilà que Miss veux se taper la causette, maugréa-t-il et se redressant, allez demande-moi, qu'on en finisse. Tu veux savoir quoi ? »

Je me perchai sur mon propre lit, m'assis en tailleur et réfléchit un instant. Puis continuai :

«T'es là depuis combien de temps ?
- Dix ans.
- Dix ans ! M'exclamais-je
- C'est bien, tu sais bien répéter.
- Mais, mais ... t'as fait quoi alors ? L'interrogeais-je en m'aggripant au lattes de mon matelas pour me retrouver la tête à l'envers, à son niveau.
- J'ai juste buté mon patron, darling, répondit-il avec une fierté non dissimulée.
- Tu as quoi ?! Criais-je et manquant de tomber de mon lit.
- T'as très bien entendu, tarlouse ! Mais t'inquiète pas, je suis jugé pas dangereux. Sinon on m'aurait pas collé une femme au basques.
- Mais ... mais ...
- Figure-toi que cet abruti se tapait toutes les petites serveuses pour les empêcher d'aller se plaindre à qui que se soit du salaire plus que misérables ou des conditions de travail douteuses. Et moi aussi j'aurais dû y passer. Sauf que, mets-toi bien ça dans le crâne, on ne me tripote pas si facilement. Je suis pas un corps à vendre, et surtout pas à un homme. J'ai descendu cet abrutie et j'ai bien fait.
- Et ... t'avais quel âge ?
- C'était, et ça reste, mon premier boulot. Peut-être le dernier quand on voit ce qu'il me reste à faire. J'avais 15 ans.
- Mais t'étais mineur !
- Emancipé.
- C'est pas la gloire de se retrouver en tôle à 15 ans.
- C'est mieux que de ressembler à un travelo.
- J'apprécie ...
- Derien. Et toi fillette, t'as fait quoi ?
- Moi ? Rien, répondis-je amèrement
- Je repose ma question, qu'est-ce que tu n'as pas fait ?
- Je n'ai pas braqué de banque comme on le laisse entendre. J'étais juste au mauvais endroit, au mauvais moment. Comme tout le monde.
- Ma pauvre ...
- Tu compaties ? émis-je, étonné.
- Nan, on appelle ça de l'ironie, darling.
- Mais je te jure que j'ai rien fait !
- Ils disent tous ça.
- Mais ...
- Autre chose à te mettre dans le crâne chérie : je suis pas là pour faire ton psy, ta confidente, ni même pour croire à tes inepties. Et n'expose pas ton cas au premier venu, car on pourrait te répondre autrement qu'avec des mots. On est pas ici pour faire un club de parole, et si moi j'ai de bonnes raisons d'être cloitré, toi t'en as pas, c'est ton problème. On est bien d'accord poupée ?
- Oui, chef, maugréais-je.
- Pardon ?
- J'ai dit d'accord !
- Bien. D'autres questions ma chère ?
- Oui, t'as combien de surnom à mon compte en réserve ?
- Je dirais ... commença-t-il en s'approchant de mon visage, des centaines, et t'inquiète pas que je suis l'un des plus gentils, murmura-t-il pour clore la discussion. »

Il retrouva sa position horizontale qui lui parraissait si chère. Je l'imitai. Réfléxion sur ces drôles de révélations. Il parraissait si fière de son statut. Et semblait aussi me détester au plus haut point. Ce qui, je l'avoue, était réciproque. Rester enfermer avec cet être tatoué et piercé me trouvant mille et un autres noms que le miens, des plus appréciable, n'était pas tout à fait ce que je m'imaginais dans le futur. D'ailleur, je n'étais plus sur d'en avoir un de futur. On ne m'avait même pas dit quand serait mon procès. Mais c'est, une fois de plus, une autre histoire.
Appréhension du lendemain. Et s'il avait raison ? Je me demandais comment j'allais être accueillis.
Si j'avais su ce qui m'attendais, je crois que je ne me serais même pas levé.

# Posté le mercredi 03 décembre 2008 12:32

Modifié le mardi 09 décembre 2008 10:01

« Wє, υѕ » Cнαριтrє qυαтrιємє Lα ∂συcнє, cє ℓιєυ ∂'єcнαиgє

« Wє, υѕ » Cнαριтrє qυαтrιємє Lα ∂συcнє, cє ℓιєυ ∂'єcнαиgє
Yu
Jour X du mois 7, année X

Je le regarde depuis mon lit explorer pour la énième fois la triste vue du dehors. Peut-être que de nous deux, c'est lui qui souffrait le plus de l'enfermement. Moi je m'y étais habitué en quelque sorte. Je n'avais pas eu le choix. Mais lui ? Lui pense-t-il encore la nuit à ce qui se passe dehors ? Lui espère-t-il encore qu'on va le sortir de là ? Réfléchit-il à mille et une façon de s'évader ? Je ne sais pas. Je ne sais plus ...
Moi on ne m'a pas demandé mon avis c'est vrai. Car pour moi être ici est, à défaut d'un enfermement, une délivrance. Oui vous avez bien lu. Une délivrance. Mais une fois de plus, nous y reviendrons bien assez tôt.
Pense-t-il lui aussi à ce jour-là ? Le lendemain de son arrivé. Sa première confrontation avec le « monde intérieur », comme je l'appellais. Ce drôle de monde intérieur qui grouille, gronde, s'énerve, s'excite, explose, disparait ... Cette rencontre là marquée je pense. Rude. Plus encore qu'il n'avait dût se l'imaginer. Mais on ne se prépare pas à ce qu'on vit en prison ...

Ce matin-là, à 7h comme chaque jour, Lumi est venu vérifier que personne ne s'était taillé les veines pendant la nuit, dans un claquement de porte infernal qui eut pour effet de faire bondir mon « collocataire » sur sa couche. Je me rappelle avoir envoyé balladé notre cher gardien, comme à chaque fois qu'il me réveillait en sursaut, même si je m'y étais fait depuis longtemps. Rancune ? Rituel. Tout simplement.
Je m'étais levé rapidement. Aujourd'hui on avait droit à la douche. Quel joie. Trois fois par semaine, sentir l'eau chaude balayer crasses et odeurs ... Ah oui, j'ai effectivement oublié de préciser quelque chose.
Nous étions bien sûr des abonnés aux bonnes vieilles douches collectives, à l'ancienne. Avec 2minutes30 d'eau chaude, pas un quart de seconde de plus. Qui a dit qu'on était à la dur ?
Je secouai verbalement mon « petit pédé », qui semblait pour le moins perdu, et lui expliquai brevement que « s'il ne se dépêchait pas, il aurait droit à une douche froide, mais une réelle pour le coup ». Ca sembla le réveiller pour de bon, car il sauta du lit, attrappa une serviette et me suivis, après que Lumi ait rouvert notre porte. Nous étions tout deux uniquement vêtu d'un boxer ce qui pour ma part ne me gênais absolument pas, mais je n'en aurais pas dit autant de la tafiolle : il longeait les murs comme s'il avait peur de je ne sais trop quoi. Je saluai d'un geste de la main et d'un regard dur quelques « amis », ou plutôt soit-disant amis, mais je sentais que tous les yeux n'étaient braqués que sur lui. Tandis que lui s'abîmait dans la contemplation du sol.
On arriva enfin à la salle d'eau. Je retirai mon vêtement d'un geste vif et le déposai ainsi que ma serviette dans un des casiers, puis avançai à grand pas jusqu'à un des jets libres. Du coin de l'oeil je vis qu'il m'imitait timidement, et alla se placer sous la douche d'à côté. Appréhension dans ses yeux. Même moi n'aurait pu imaginer ce qui allait suivre. Enfin si, j'aurais du justement. Tant pis. Tant mieux.
Ike, un espèce de motard sans moto sur-tatoué, taillé dans la glace jusque dans son regard, s'approcha dangereusement de ... C'était quoi son nom déjà ? Ah oui, Shin. J'activai la douche en rejetant mes longs cheveux noirs corbeau en arrière, sans quitter la scène des yeux. Le petit blond recula jusqu'à coller son dos à la parois, mais Ike était toujours plus proche de lui. Il releva de sa main à la taille démesurée son menton imberbe et cria :

«  Alors, fillette, on s'est perdue ? Ca te dirait de faire plaisir à tonton Ike ? Yu, tu sais bien que ça se partage les cadeaux comme ça ?
- Lâche-moi, murmura stupidement Shinette.
- Quoi, vous êtes déjà marié c'est ça ? Je savais pas que t'avais viré tapette, Yu. C'est vrai que les années t'arrangent pas mais bon, tant pis. N'empêche que tout se prête, tu le sais bien.
- Je ne suis la propriété de personne ! Hurla Sunshin.
- Ouh ! Mais c'est qu'elle s'énerve la gonzesse ! Du caractère, j'adore ça, ça lui donne un petit côté sauvage ! Alors Yu, c'est combien ?
- Je ...
- Elle est à moi, le coupais-je durement avant qu'il ne se mette tout l'étage à dos.
- Pardon ? Continua-t-il avec un regard à la fois surpris et outré.
- Allons Yu, fait pas ton égoïste, se serait dommage d'âbimer un si jolie petit minois de fillette que le siens. On va pas se battre pour un coup quand même. Et puis, je suis sûr qu'elle est pour les plans à trois ...
- On peut même s'arranger à quatre vous savez, intervint Marth, un grand brun au regard pervers.
- Elle est à moi, répétais-je plus fort.
- On peut toujours s'arranger. Disons un soir sur deux, ça te va ? Ou alors on règle ça au dés, comme tu veux ... insista Ike.
- Je ne suis pas une marchandise, et encore moins une femme ! Erructa pour mon plus grand malheur cet abruti de blondinet.
- Effectivement, j'avais pas vu, elle en à une ! Minuscule certe ... tant pis on fera avec. Alors Yu, combien ? S'impatienta Ike.
- Si on peut pas lui passer dessus, elle pourra toujours se trouver une utilité ... insinua Marth, en laissant balader sa main sur le corps nu de sa convoitise.
- Tu ne va pas me vendre quand même ? S'écria Sushin en se débattant comme il le pouvait. »

Son regard gris croisa le mien un instant. L'eau s'était arrêtée de couler, mes cheveux gouttaient sur mes épaules. L'humidité glissait dans mon dos en creusant de froids sillons. Imploration. C'était exactemment ce que je lisait à cet instant dans ses yeux. De l'imploration pure et simple, mêlée à une espèce d'impuissance qui me glaçai presque le sang. Il n'avait rien fait pour être là. N'avait rien demandé. Et nous on se l'envoyait comme on l'aurait fait de paquets, prévoyant même divers plans. Je réagis d'une façon étrange. A tel point que je ne me recconu même pas moi-même. Pourquoi, pourquoi avais-je fait ça ?

«  Elle - est - à - MOI ! » Criais-je en enfonçant un crochet du droit dans la face rondouillarde de Ike.

Malgré la flagrante différence de taille et de poids entre nous deux, il fut projeté contre le mur d'en face, activant au passage un jet d'eau, et retomba lourdement sur le sol mouillé, complètement amorphe. Tous les détenus ne regardaient plus que nous. Marth fit un pas en arrière, se préparant au même traitement. Mais ma sentance ne se fit pas attendre.
Lumi débarqua immédiatement, probablement alerté par les cris. On avait du nous entendre à des mètres à la ronde.

« Sortez, tous les deux, et que quelqu'un s'occupe de réanimer Ike. »Dit-il froidement.

J'enroulai ma serviette autour de ma taille sans baisser les yeux, suivis de près par mon idiot de compagnon qui lui étant tout tremblant, et Lumi nous attrappa tous les deux par les épaules pour nous ramener à notre cellule.

«Non mais qu'est-ce qui t'as pris t'es pas bien ? Tu veux prendre perpet' pour mauvaise conduite ou quoi ? Et je fais quoi moi maintenant ? Tu te rends compte dans la position dans laquelle tu me mets un peu ? Tempêta le gardien filiphorme.
- Et ben tu fais comme d'habitude mon grand : t'efface tout ça de ta docile petite mémoire, tu me laisses tranquille et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
- Mais ...
- Tu m'as demandé de pas traumatiser ta tantouse. C'est ce que j'ai fait. Maintenant ouvre, qu'il nous attrappe pas la grippe par dessus des troubles psycho'. »

Le sombre homme ne rajouta rien. Il se contenta de fouiller parmis ses nombreuses clés, pour nous laisser rentrer dans la cellule numéro 474. Je ne savais pas pourquoi j'avais agis ainsi.
Et je n'ai toujours pas de réponse à cette question.

# Posté le lundi 08 décembre 2008 07:17

Modifié le vendredi 12 décembre 2008 12:56