▄▄▄▄▄▄▄▄▄Yu
Jour X du mois 7, année XJe le regarde depuis mon lit explorer pour la énième fois la triste vue du dehors. Peut-être que de nous deux, c'est lui qui souffrait le plus de l'enfermement. Moi je m'y étais habitué en quelque sorte. Je n'avais pas eu le choix. Mais lui ? Lui pense-t-il encore la nuit à ce qui se passe dehors ? Lui espère-t-il encore qu'on va le sortir de là ? Réfléchit-il à mille et une façon de s'évader ? Je ne sais pas. Je ne sais plus ...
Moi on ne m'a pas demandé mon avis c'est vrai. Car pour moi être ici est, à défaut d'un enfermement, une délivrance. Oui vous avez bien lu. Une délivrance. Mais une fois de plus, nous y reviendrons bien assez tôt.
Pense-t-il lui aussi à ce jour-là ? Le lendemain de son arrivé. Sa première confrontation avec le « monde intérieur », comme je l'appellais. Ce drôle de monde intérieur qui grouille, gronde, s'énerve, s'excite, explose, disparait ... Cette rencontre là marquée je pense. Rude. Plus encore qu'il n'avait dût se l'imaginer. Mais on ne se prépare pas à ce qu'on vit en prison ...
Ce matin-là, à 7h comme chaque jour, Lumi est venu vérifier que personne ne s'était taillé les veines pendant la nuit, dans un claquement de porte infernal qui eut pour effet de faire bondir mon « collocataire » sur sa couche. Je me rappelle avoir envoyé balladé notre cher gardien, comme à chaque fois qu'il me réveillait en sursaut, même si je m'y étais fait depuis longtemps. Rancune ? Rituel. Tout simplement.
Je m'étais levé rapidement. Aujourd'hui on avait droit à la douche. Quel joie. Trois fois par semaine, sentir l'eau chaude balayer crasses et odeurs ... Ah oui, j'ai effectivement oublié de préciser quelque chose.
Nous étions bien sûr des abonnés aux bonnes vieilles douches collectives, à l'ancienne. Avec 2minutes30 d'eau chaude, pas un quart de seconde de plus. Qui a dit qu'on était à la dur ?
Je secouai verbalement mon «
petit pédé », qui semblait pour le moins perdu, et lui expliquai brevement que «
s'il ne se dépêchait pas, il aurait droit à une douche froide, mais une réelle pour le coup ». Ca sembla le réveiller pour de bon, car il sauta du lit, attrappa une serviette et me suivis, après que Lumi ait rouvert notre porte. Nous étions tout deux uniquement vêtu d'un boxer ce qui pour ma part ne me gênais absolument pas, mais je n'en aurais pas dit autant de la tafiolle : il longeait les murs comme s'il avait peur de je ne sais trop quoi. Je saluai d'un geste de la main et d'un regard dur quelques « amis », ou plutôt soit-disant amis, mais je sentais que tous les yeux n'étaient braqués que sur lui. Tandis que lui s'abîmait dans la contemplation du sol.
On arriva enfin à la salle d'eau. Je retirai mon vêtement d'un geste vif et le déposai ainsi que ma serviette dans un des casiers, puis avançai à grand pas jusqu'à un des jets libres. Du coin de l'oeil je vis qu'il m'imitait timidement, et alla se placer sous la douche d'à côté. Appréhension dans ses yeux. Même moi n'aurait pu imaginer ce qui allait suivre. Enfin si, j'aurais du justement. Tant pis. Tant mieux.
Ike, un espèce de motard sans moto sur-tatoué, taillé dans la glace jusque dans son regard, s'approcha dangereusement de ... C'était quoi son nom déjà ? Ah oui, Shin. J'activai la douche en rejetant mes longs cheveux noirs corbeau en arrière, sans quitter la scène des yeux. Le petit blond recula jusqu'à coller son dos à la parois, mais Ike était toujours plus proche de lui. Il releva de sa main à la taille démesurée son menton imberbe et cria :
«
Alors, fillette, on s'est perdue ? Ca te dirait de faire plaisir à tonton Ike ? Yu, tu sais bien que ça se partage les cadeaux comme ça ?-
Lâche-moi, murmura stupidement Shinette.
-
Quoi, vous êtes déjà marié c'est ça ? Je savais pas que t'avais viré tapette, Yu. C'est vrai que les années t'arrangent pas mais bon, tant pis. N'empêche que tout se prête, tu le sais bien.-
Je ne suis la propriété de personne ! Hurla Sunshin.
-
Ouh ! Mais c'est qu'elle s'énerve la gonzesse ! Du caractère, j'adore ça, ça lui donne un petit côté sauvage ! Alors Yu, c'est combien ?-
Je ...-
Elle est à moi, le coupais-je durement avant qu'il ne se mette tout l'étage à dos.
-
Pardon ? Continua-t-il avec un regard à la fois surpris et outré.
-
Allons Yu, fait pas ton égoïste, se serait dommage d'âbimer un si jolie petit minois de fillette que le siens. On va pas se battre pour un coup quand même. Et puis, je suis sûr qu'elle est pour les plans à trois ...-
On peut même s'arranger à quatre vous savez, intervint Marth, un grand brun au regard pervers.
-
Elle est à moi, répétais-je plus fort.
-
On peut toujours s'arranger. Disons un soir sur deux, ça te va ? Ou alors on règle ça au dés, comme tu veux ... insista Ike.
-
Je ne suis pas une marchandise, et encore moins une femme ! Erructa pour mon plus grand malheur cet abruti de blondinet.
-
Effectivement, j'avais pas vu, elle en à une ! Minuscule certe ... tant pis on fera avec. Alors Yu, combien ? S'impatienta Ike.
-
Si on peut pas lui passer dessus, elle pourra toujours se trouver une utilité ... insinua Marth, en laissant balader sa main sur le corps nu de sa convoitise.
-
Tu ne va pas me vendre quand même ? S'écria Sushin en se débattant comme il le pouvait. »
Son regard gris croisa le mien un instant. L'eau s'était arrêtée de couler, mes cheveux gouttaient sur mes épaules. L'humidité glissait dans mon dos en creusant de froids sillons. Imploration. C'était exactemment ce que je lisait à cet instant dans ses yeux. De l'imploration pure et simple, mêlée à une espèce d'impuissance qui me glaçai presque le sang. Il n'avait rien fait pour être là. N'avait rien demandé. Et nous on se l'envoyait comme on l'aurait fait de paquets, prévoyant même divers plans. Je réagis d'une façon étrange. A tel point que je ne me recconu même pas moi-même. Pourquoi, pourquoi avais-je fait ça ?
«
Elle - est - à - MOI ! » Criais-je en enfonçant un crochet du droit dans la face rondouillarde de Ike.
Malgré la flagrante différence de taille et de poids entre nous deux, il fut projeté contre le mur d'en face, activant au passage un jet d'eau, et retomba lourdement sur le sol mouillé, complètement amorphe. Tous les détenus ne regardaient plus que nous. Marth fit un pas en arrière, se préparant au même traitement. Mais ma sentance ne se fit pas attendre.
Lumi débarqua immédiatement, probablement alerté par les cris. On avait du nous entendre à des mètres à la ronde.
«
Sortez, tous les deux, et que quelqu'un s'occupe de réanimer Ike. »Dit-il froidement.
J'enroulai ma serviette autour de ma taille sans baisser les yeux, suivis de près par mon idiot de compagnon qui lui étant tout tremblant, et Lumi nous attrappa tous les deux par les épaules pour nous ramener à notre cellule.
«
Non mais qu'est-ce qui t'as pris t'es pas bien ? Tu veux prendre perpet' pour mauvaise conduite ou quoi ? Et je fais quoi moi maintenant ? Tu te rends compte dans la position dans laquelle tu me mets un peu ? Tempêta le gardien filiphorme.
-
Et ben tu fais comme d'habitude mon grand : t'efface tout ça de ta docile petite mémoire, tu me laisses tranquille et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.-
Mais ...-
Tu m'as demandé de pas traumatiser ta tantouse. C'est ce que j'ai fait. Maintenant ouvre, qu'il nous attrappe pas la grippe par dessus des troubles psycho'. »
Le sombre homme ne rajouta rien. Il se contenta de fouiller parmis ses nombreuses clés, pour nous laisser rentrer dans la cellule numéro 474. Je ne savais pas pourquoi j'avais agis ainsi.
Et je n'ai toujours pas de réponse à cette question.